No. 22

GerhardtFrench

Depuis1 quelque temps je me trouve encor plus distrait que je n'estois autres fois, ce qui fait que je ne suis pas tousjours en estat de repondre promtement à l'honneur des lettres de mes amis, et que je suis obligé de vous supplier, Monsieur, de me pardonner ce retardement.

On nous asseure aussi que le pape est savant et sçait même du Grec, ayant autresfois conferé je ne sçay quels Ms. en faveur des Peres Henschenius et Papebroch. Je ne doute donc point qu'il ne soit favorable aux lettres, pourveu que sa faveur soit bien employée, et qu'il fasse choix de savans qui le soyent plustost par inclination que par interest.

Je trouve que les Jesuites ont tres bien fait pour le leur de faire aussi un journal des savans. Tous les autres journaux en France et ailleurs les ont attaqués. Ainsi ils peuvent dire avec Perse:

Semper ego auditor tantum, nunquamne reponam?

Nous avons eu icy l'Ambassade Angloise qui a apporté à Madame l'Electrice de Bronsvic l'Acte du parlement autorisé par le Roy, et qui regle la succession en faveur de cette Princesse et de la posterité. Un savant Anglois qui est venu un peu avant l'Ambassade nommé M. Toland, dont les livres écrits en Anglois ont fait du bruit, m'a apporté l'essai des oeuvres de Denys d'Halicarnasse qu'on va publier en Angleterre. Un autre qui est chevalier, venu aussi dans cette occasion, est grand Medailliste, et croit d'avoir le 4me Gordien. Il amasse un cabinet. Je l'adresseray à Arnstat, pour y voir M. Morel et le Cabinet de M. le Comte de Schwarzbourg. On m'a dit que M. Perizonius a publié les oeuvres d'Aelianus, et que M. Gale publiera ceux de Jamblichus, où il y aura la version de la vie de Pythagore de la main de feu Mons. Obrecht, et peutestre aussi quelques remarques.

M. Morel fait imprimer une lettre latine, où il notifie le dessein qu'il a de donner au plustost les consulaires, et dans cette lettre il y a quelques observations savantes. Il desespere de pouvoir achever son grand ouvrage à moins qu'il ne trouve un assistent. Je voudrois luy en pouvoir trouver qui fut jeune et assez savant pour le seconder. Je ne sçay comment le siecle s'abastardit; le nombre des gens d'un savoir solide et profond diminue étrangement. Je souhaiterois pour en faire renaistre, que nos papes (c'est à dire nos Princes qui exercent tous la papauté chez eux) fussent aussi favorables aux lettres que vous croyés que l'est vostre pape, et que ny luy ny eux n'en fussent point detournés par le malheur des temps. Mais le bon temps est comme l'amour, et non pas comme l'hymen.

L'hymen vient quand on l'appelle,

L'amour vient quand il luy plaist.

Je suis etc.

P.S. J'avois écrit cecy il y a quelques semaines, mais la lettre s'estoit egarée, et je croyois de l'avoir depechée. J'adjoute donc que depuis j'ay receu la lettre imprimée de M. Morel, et que j'en ay envoyé un exemplaire pour vous à M. Pinson.

Les Huguetans pretendent donner en Hollande une nouvelle Edition de la Bibliotheque de Photius. Je suis faché que le P. Bonjour quitte les recherches Koptiques, et M. Ludolphi le sera aussi. Car c'estoit en cela que ce Pere pouvoit rendre service au public, quoyque d'ailleurs il parut aller un peu viste en matiere de conclusions. Pour retablir cette langue, il faut avoir beaucoup de Ms. Coptiques, et je ne croy pas que M. l'Abbé de la Charmoye voudra s'appliquer à un travail où il seroit neuf. Mais voulant s'appliquer au Celtique, je voudrois qu'il tachât aussi d'éclaircir un peu le Biscayen et le Hibernois, car quoyque ces langues soyent bien differentes de la langue des Bretons de la Bretagne majeure ou mineure, qui approche de l'ancienne Gauloise, je m'imagine neantmoins, qu'elles serviroient à fournir des lumieres tant au Celtique qu'aux noms propres des rivieres et lieux de la Gascogne, où je crois que la langue Basque s'etendoit assez avant autresfois, d'autant que la carte me monstre des noms communs des lieux, où la langue Basque est encor et où elle n'est plus. Je vous prie, Monsieur, d'exhorter M. l'Abbé de la Charmoye à ces recherches. Je ne sçay s'il a receu ce que je vous envoyay un jour pour luy, où il y avoit quelques reflexions sur la lettre qu'il vous avoit écrite, et qui a esté publiée dans quelques journaux.

  1. 1Das Original war ursprünglich datirt: Bronsvic ce 24 Aoust 1701. Leibniz hat diese Worte, wahrscheinlich in Anbetracht des Postscriptums, durchstrichen.