Foucher an Leibniz

de Paris le 30 May 1691

GerhardtFrench

de Paris le 30. May 1691.

J'ai receu trois de vos lettres auxquelles je n'ay pu faire reponse sitost que je l'aurois souhaité. Mr. Prestet est mort et a esté regretté des scavans Geometres. J'ay fait vos civilitez au R. P. de Malbranche qui vous baise les mains. Mr. d'Avranche est bien aise de ce que vous estimez son livre de la Censure de Descartes. Depuis peu Mr. Regis luy a repondu là dessus et n'a presque rien dit à mon avis que ce que Dont Robert des Gabets avoit desja dit de sorte qu'en repondant à cet Auteur, j'ay répondu par avance à Mr. Regis. Neanmoins on m'a dit qu'un ancien professeur en Philosophie à Paris travailloit actuellement à luy repondre. Vous scavez comme je pense, que Mr. Régis a donné au public un grand systeme de philosophie en 3 in quarto avec plusieurs figures. Cet ouvrage renferme plusieurs traitez de plus considérables comme de la percussion de Mr. Mariotte, de chymie de Mr. l'Emeri, de la medecine de Mr. Vieuxsang1 et de Mr. d'Uvernai2. Il y parle mesme de mon traitté des Hygrometres, quoyqu'il ne me nomme pas. La physique de Mr. Rohault y a bonne part, il y refute le P. de Malbranche, Mr. Perraut3, Mr. Varignon; le 1er touchant les idées, le 2e touchant la pesanteur, et le 3e, lequel a esté nouvellement receu de l'Académie royale des Sciences touchant la pesanteur aussi. Les Metheores du Pere l'Ami font encor une partie des ornemens de cet ouvrage, et le reste est de Mr. Descartes. Ce n'est pas que Mr. Régis ne se soit conduit assez adroitement dans son système, surtout dans sa morale. Mr. d'Avranche (vous scavez qu'il a permuté son Evesché de Soissons pour celuy d'Avranche) luy repondra, je pense, par une préface qui sera ajoutée à son livre dans la 2e édition qui en sera faite. Vous scavez encore, si je ne me trompe, que Mr. Hugens a fait un Systeme de la lumière et de la pesanteur qu'il a envoyé à Mrs. de l'Académie. Il y parle de vous et de Mr. Newton en bonne part. Pour ce qui est de la table que vous demandez de tous les livres dont il a esté parlé dans les journaux de l'année derniere, elle ne se fait pas, mais seulement dans le dernier journal de cet année il y a une table des principales matières et cela par ordre Alphabetique. Je vous l'envairray avec le journal qui contiendra vostre piece que vous m'avez envoyée. C'est Mr. le president Cousin qui fait les journaux. Autrefois Mr. Regis et Mr. Guillard qui est habile geographe et historien, s'en mesloient, mais presentement Mr. Cousin les fait luy seul. Il ne trouve pas bon de mettre vostre piece à moins que vostre nom n'y soit, car le sujet dont vous traitez est un peu sec et vostre nom est assez celebre pour y attirer de l'attention. Ma Philosophie des Academiciens ne va pas à si grand pas que je souhaiterois; si j'estois aussi heureux en libraires que plusieurs autres, vous vairriez bientost mon systeme achevé. Je joindray à la presente lettre une table nouvellement imprimée, qui contient les matieres d'un volume achevé des Dissertations. Pour ce qui est de ma Logique des Academiciens, je ne scaurois vous l'envoyer, car je n'en ay presque plus d'exemplaires; elle a esté imprimée à Dijon en l'année 1672. J'espère qu'on vous envairra bientost une edition nouvelle bien plus correcte et bien plus ample. J'ay commencé le 2e volume de mes Dissertations, en faisant imprimer le 1er livre contenant l'histoire des Academiciens. Je vous en envoye un exemplaire en attendant que le reste soit achevé. Pour ce qui est de l'essence de la matiere, il y a longtems que je me suis declaré sur ce point dans ma critique et ailleurs où je pretends que l'on se trompe de pretendre que toute étendue soit materielle. Je suis bien aise de voir que vous vous accordez avec moy en ce point. Mr. Lantin est fort joyeux, quand il apprend de vos nouvelles; il travaille à l'Arithmétique de Diophante, et il nous donnera ce que l'on peut appeler l'Algèbre des Anciens. Pour ce qui est de son Histoire du plaisir et de la douleur, je ne scais quand elle paroistra; il m'a fait espérer qu'il seroit bientost libre de sa charge qu'il va remettre à Mr. son fils, apres quoy il aura plus de tems pour s'adonner aux lettres. Vous aurez peutestre vu une preface qu'il a adjoutée à un livre posthume des plantes de Mr. de Sommaise. Je n'ay encor pu la voir; elle a esté imprimée en Holande. Extrema in idem recidunt; c'est une maxime dont Mr. Lantin fait bien de l'estime et qui est de plus profonde penetration qu'il ne paroist d'abord. Elle est vraye du moins en plusieurs choses. On ne fait plus de conferences à Paris. Celles de Mr. d'Haumont avoient esté transferées chez Mr. de Bignon, mais depuis que ce Mr. est premier president au grand conseil, elles ne se font plus. Pourtant quelques uns s'assemblent à la Bibliothèque du Roy pour conferer touchant les Médailles. Mrs. Pelisson, Racine, d'Epseau travaillent à l'histoire du Roy. Mr. Thevenot m'a dit que si vous etiez à Paris, on vous recevroit de l'Académie royale des Sciences; je voudrois que vous y teinsiez la place de Mr. Hugens. Mr. l'Abbé Galois est principal du College Royal. Je suis etc.

  1. 1Vieussens.
  2. 2Du Verney.
  3. 3Perrault.